Dans le froid je ne frissonne pas,
La pierre me semble si douce !
Le temps est si beau,
La solitude ne m'effraie pas.
L'hostilité m'est hospitalière.
L'équilibre est parfait.
L'immense masse brutale et indestructible de durceur,
Sous mes pieds, me contemple.
Le sol semble se dérober sous mes pieds nus.
La terre tourne, mais la rocaille pragmatique.
Les ténèbres m'envelloppent,
Me carressent de leurs ailes de velour.
Je ne crains pas le noir,
Car mon âme est obscure.
Je ne crains pas le danger,
Car je suis le danger.
Je ne crains pas le froid,
Car il ne m'atteint pas.
Père, tu n'as pas su rester debout,
Le roc a englouti tes pas.
Père, aujoud'hui tu n'est que pierre.
Père aujourd'hui, je me tien debout.
Père aujourd'hui j'ai fait de la pierre,
Mienne.
Papa quand je me penchait au dessus du vide,
Les ténèbres fuyaient face au vide.
Le vide englobe tout dans le neant.
Papa quand je contemplait le fond du gouffre,
Je pouvait sentir mon corps tracté par une force invisible,
Inpalpable, irresistible.
Papa, quand je me suis jeté dans le vide,
Je pouvait sentir la pieuvre qui encrassait mon coeur de douleur,
Arracher ses tentacules de l'interieur de mes membres.
Papa je tombait si vite,
J'ai pu sentir mon coeur s'extirper de ma poitrine pour s'élever
vers le soleil.
Papa quand j'ai déployé mes ailes noires,
J'ai pu sentir mon coeur pénétrer mon âme de sa chaleur pure.
J'ai pu sentir mon corps flotter, mes membres n'existaient plus,
mon esprit devint lhétargique.
Père, hier tu étais père,
Aujourd'hui tu es pierre,
Demain tu es ciel.



